C'est parti pour une petite escapade solo où j'ai décidé de profiter du long weekend de Pâques pour une virée au sud de Naples, aux abords de la côte Amalfitaine, à Salerno pour être précis. Sans vraiment de raison particulière qui m'y ait guidé, si ce n'est que ça avait l'air joli, que c'était sur une ligne de train de nuit, et que la bouffe italienne c'est quand même une institution. Mais au final j'aurai découvert une petite ville très riche en histoire et avec un patrimoine qui n'a rien à envier aux copines comme Rome, Venise, Naples etc. Grazie Mille Salerno !
Vendredi
Première étape, on commence à Milan après un EuroCity bondé entre Brig et Domodossola, mais qui respire un peu plus pour la fin du trajet. Directement arrivé autour de 18h à Milan et la température est déjà bien plus convenable ! Je change de gare pour aller poser mon sac à la gare de Milano Garibaldi d'où partira mon train de nuit et je file direction les canaux du sud de Milan pour entamer le weekend comme il se doit : Aperitivo. Petite terrasse très sympa aux abords d'un canal secondaire (car rappelons-le, la foule c'est nul). Le rythme de vie ralentit pour moi, mais aussi autour de moi, on voit que le weekend de Pâques en Italie c'est quelque chose de très ancré et les gens profitent du soleil couchant en extérieur !
Je profite moi aussi de cette golden hour incroyable pour quelques photos en remontant gentiment le long des canaux direction un restaurant de pâtes non loin de la gare Garibaldi histoire de profiter de manger tranquillement sans me stresser de l'heure de départ du train. Retour à la gare pour attendre cette fâcheuse manie de Trenitalia d'annoncer les quais de départ systématiquement à la bourre… Est-ce qu'on est trop chouchoutés avec les CFF à savoir exactement de quel quai partiront tous les trains ? Quoi qu'il en soit, je prends enfin possession de mes quartiers dans le train de nuit, et il faut dire qu'après la semaine d'Interrail c'est une simple formalité ! La couchette est bien confortable, mais le compartiment dans lequel je suis doit se situer juste à l'aplomb des essieux du wagon et ça fait un boucan du diable ! Heureusement que je suis parti avec des boules quies et que j'ai le sommeil profond…
Samedi
Je me réveille autour de 8h alors que le train entre en gare de Napoli (à dire avec l'accent et la main qui fait 🤌🏻 svp). Frugal plateau de petit déjeuner dans le compartiment avec un croissant industriel et 3 gouttes de café (on oublie toujours la différence de taille en Italie, les cafés sont serrééééés !) Néanmoins, ça permet d'avoir un petit quelque chose dans le ventre pour aller poser mon sac au AirBnB dans une magnifique ancienne maison vieille de plus de 300 ans, mais avec beaucoup de charme, et direction un vrai petit déjeuner avec cornetto e cappuccino (j'ai le droit, il est pas encore 10h).
Après le petit dej, je commence la visite par la Cathédrale San-Matteo et sa magnifique crypte. En entrant dans l'église, presque vide, j'entends de la musique et des chants religieux — je réalise alors que ça doit être les soundchecks et les préparatifs avant la messe de Pâques du lendemain. La cathédrale est gigantesque, dotée d'un splendide orgue dont les tubes sont placés de chaque côté de la nef, et je dois admettre que c'est vraiment émouvant d'entendre cette musique envoûter ainsi l'espace de cette église. L'orgue est puissant et il y a vraiment quelque chose de tangible dans la façon dont la mélodie attrape les quelques personnes qui visitent dans un silence tout religieux (blague semi-intentionnelle). Bref, c'est très impressionnant, tout comme la crypte au sous-sol avec son décor baroque extrêmement chargé et ornementé. Je ferais pas la déco du salon comme ça perso, mais ici dans le contexte, ça passe.
Après l'église je m'aventure plus loin dans la ville pour aller admirer 2-3 vieux machins qui traînent, comme l'aqueduc de l'époque romaine et je déambule simplement dans les rues en faisant am-stram-gram quand j'arrive à un croisement pour décider d'où je vais ensuite. Mes pas me mènent ensuite vers la place du croix-croix-bâton-vé maggio (XXIV Maggio) où je me pose un petit moment pour soulager mes petits pieds avant d'aller manger chez Nastro, excellent restaurant où je mange dans une salle absolument vide (je suppose que l'heure était un peu en cause, mais la matinée a commencé tôt pour moi, et je gargouillais déjà à 11h30…). Nourriture exquise et service aux petits oignons !
Après manger, je prends le bus pour monter au sommet de la colline où se trouve le Castello di Arechi, également un peu désert, mais ça m'arrange pour la visite ! Le panorama sur la ville depuis les terrasses du château est impressionnant. On domine l'entier de Salerno depuis ici et malgré une petite brume maritime au large, on devine les côtes de la péninsule de Sorrente et les contours de Capri au loin (paraît que par temps exceptionnel, on pourrait même distinguer les côtes de Calabre depuis les hauteurs). Il y a un drôle de contraste entre les ruines du château, la vieille ville et les maisons encaissées au pied de la colline, la ville moderne un peu plus au loin, alors qu'au nord-ouest on donne sur la zone portuaire avec les paquebots de croisière et les porte-conteneurs dont certains manœuvrent au large en attendant d'entrer au port.
J'ai bien le temps de profiter du panorama en descendant du château à pied. C'est pas la route la plus glamour, il n'y a pas de sentier pédestre pour redescendre, mais pratiquement aucune voiture ne passe et en 35min j'arrive de retour dans le dédale des rues de Salerno. Je ne mâche pas mes mots pour décrire ces rues. La vieille ville est construite à flanc de la colline et tout est fait pour maximiser l'espace des constructions, donc c'est un labyrinthe multi-dimensionnel de rues, d'escaliers, de mini-places pavées, de passages en tunnels entre les maisons à peine plus larges qu'une brouette… Un paradis pour explorer et se perdre !
Pour terminer cette journée riche en visites, je me rends au jardin botanique du Giardino della Minerva. Situé au cœur de la vieille ville, ce jardin botanique, composé d'un enchaînement de cinq terrasses, remonte au XIe ou XIIe siècle et était apparemment une espèce d'école de médecine initialement. En me renseignant un peu sur l'histoire du lieu et de Salerno, j'apprends notamment l'existence de Trotula de Salerno, complètement oubliée de l'histoire jusqu'à il y a peu, comme beaucoup d'autres… Cette femme au destin extraordinaire a étudié la médecine à Salerno et a été une pionnière de la médecine gynécologique à une époque où manifestement l'Église décrétait que c'était assez normal que les femmes accouchent dans la douleur, voire meurent en couche. À contre-courant total de ces dogmes, Trotula a rédigé des ouvrages de gynécologie extraordinaires qui commencent enfin à refaire surface et à lui être restitués (merci l'Effet Matilda). Un excellent podcast sur le sujet que j'ai écouté pendant la visite ici : Les Oubliées - Trota de Salerne : Gynécologue, professeure et docteure au Moyen Âge.
Pour terminer cette intense journée, je me rends dans une minuscule osteria Il Brigante pour une expérience extraordinaire. La salle est dans une cave en entresol, 25 couverts à tout péter avec des longues tables que plusieurs clients se partagent. La carte est simple et sans fioritures. Non vraiment. LA carte. C'est une unique feuille A4 manuscrite et c'est le seul exemplaire du resto qui passe de table en table. Pour les boissons, y'a le choix entre eau plate et pétillante et vin. Singulier. Le vin vient d'une boille métallique au centre de la salle et le choix réside dans la quantité qu'on souhaite boire. J'ai eu l'audace de demander un verre pour le vin, et le serveur m'a pointé du doigt sur le bas de la carte le paragraphe qui disait en gros "Faites pas chier, on est une petite osteria, on vous file un verre qui va bien pour l'eau et le vin è basta cosi." En gros. Je constate aussi cette attitude quand je vois arriver dans le restaurant une jeune femme qui parle apparemment espagnol et qui demande s'il y a de la place pour deux et se fait gentiment mais fermement refouler, alors qu'une dizaine de minutes plus tard, un Italien arrive dans le resto et salue le serveur par son prénom, lui demande s'il y a de la place pour 4 et on lui dit en gros que dans 10min c'est bon, une table se sera libérée ! Je me sens chanceux d'avoir pu être installé à une table, sûrement car je suis solo ? Et mon dieu ce que c'était bon ! Fusilli Terra e Mare en entrée, pâtes faites à la main, magnifique sauce tomate avec des petits fruits de mer, et des petits épinards sauvages. Je crois, car je suis au max de mes capacités en italien et le serveur ne parle pas anglais. Mais à mon grand étonnement, quand il me demande d'où je viens, il me dit qu'il connaît Vevey et Montreux pour avoir lu à propos de ces villes dans un livre d'Hemingway ! Je pense connaître ma prochaine lecture. Le repas se poursuit avec une tranche de porc braisée au vin rouge et des oignons grelots rôtis au four, et pour conclure, une tranche de Pastiera Napoletana, dessert napolitain typique de Pâques. Pour une raison que j'ignore, le serveur me fait une ristourne de 5€ sur le repas qui me revient au final à 30€ pour un moment que je ne suis pas près d'oublier.
Dimanche
Après un super petit déjeuner café-croissant-jus d'orange, près du bord de mer alors que j'avais rendu les clés de mon AirBnB en laissant mon sac en consigne sur place pour le récupérer le soir même, je constate en ville que tout le monde est étonnamment sur son 31. Mais encore plus que d'habitude pour l'Italie. Et soudain ça me revient, Dimanche. Pâques. Messe. Italie. Tout est normal, et je me souviens aussi des répétitions à la cathédrale la veille. Du coup après avoir continué un peu de déambuler dans les rues pour observer quelques fresques de street-art mêlant extraits de poèmes et œuvres quasi-oniriques, je remonte en direction de la cathédrale car je me dis que dans ces circonstances, ça doit être impressionnant à voir. Et je ne m'y suis pas trompé, l'église qui était quasi désertique la veille est comble, et j'assiste donc pendant un petit moment à la célébration pour voir si jamais Dieu décide de me parler. Manifestement il a mieux à faire, donc je décide que moi aussi, et je file me réfugier en terrain plus hospitalier, un petit spritz en terrasse sur le parvis de la cathédrale d'où je prends plaisir à photographier à la volée quelques fidèles qui sortent de la messe un peu plus tard.
Le reste de la journée se déroule vraiment sous le signe de la pèdze, de la farniente et du chill. Comme j'avais été passablement efficace dans mon rythme de visites la veille, je m'offre vraiment de bons moments de lecture au soleil sur les bancs des différents parcs qui longent le bord de mer. Autour de la fin d'après-midi je retourne récupérer mon sac et je me rends à la gare pour le train du retour. Un dernier petit casse-croûte au "mozzarella-bar" avant de quitter Salerno (vous ne devinerez jamais la teneur du menu sur place !) et je retrouve un compartiment couchette infiniment plus silencieux qu'à l'aller pour le plus grand plaisir de mes oreilles.
Lundi (et épilogue)
J'arrive à Milan autour de 6h50, donc forcément c'est désert, surtout que c'est le lundi de Pâques et j'ai quelques heures en ville avant le train de 15h30 pour rentrer. Donc après avoir posé mon sac, je me dirige du côté de la forteresse Castello Sforzesco qui est totalement vide à l'exception de quelques incorrigibles joggers. Le rythme de la journée à Milan fait écho à la veille à Salerno, beaucoup de lecture dans les parcs, un peu de bouffe quand même puis retour à la gare pour la fin de ces vacances. Je suis moins fan de Milan, et c'est bien dommage, mais les grandes allées de boutiques de luxe ne m'attirent pas, donc c'est surtout entre le parc de la forteresse et les Giardini Indro Montanelli que j'oscille avec mon livre pour terminer cette escapade italienne qui aura mine de rien été riche en découvertes historiques, en magnifiques paysages de bord de mer, et où la qualité culinaire n'est plus à débattre ! Une fois de plus, Grazie Mille Italia e arrivederci !